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Premier billet du blog

 TEXTE INEDIT...

AMARE

(verbe latin qui signifie Aimer)

 

 

 

 

 

Il est des jours tranquilles, où la contemplation pour seule compagne, je me dis que la vie s’écoule comme l’eau douce. Le temps se fige. Pas un pas ne crisse sur les cailloux clairs. Pas un bruit ne vient taillader le silence de la nature encore endormie. Je me dis que le bonheur n’est pas qu’un concept, je peux le toucher, du bout des doigts. Il est là, lisse, tendre, soyeux sous la paume de ma main.

Il est des jours tempête où cette image vole en éclats. L’eau douce devient torrent violent, les hurlements intérieurs occupent, en rangs armés, mon esprit enchaîné. Ces jours-là, la vie s’écroule, je plonge dans les abîmes et je lâche les amarres. Je perds pied, prête à me noyer. Mes poumons s’épuisent, la chamade survoltée dérègle tous mes sens. Puis soudain, comme par miracle, le calme revient, improbable d’abord, puis serein. Il revient. D’un coup de talon, je remonte, je reprends souffle. Je regagne le bord, je m’accroche, je me tiens, tout va bien.

 

J’ai toujours eu besoin d’un phare, d’une boussole, au moins d’un jalon, d’un point de mire en fait pour guider ma route, un socle solide sur lequel m’arrimer. Est-ce qu’un plot de béton armé ferait l’affaire ? Ai-je une corde assez longue pour l’atteindre et maintenir mon cap ?

En ai-je encore besoin, la quarantaine dépassée ? Je crains que oui.

Au fond, est-ce si grave ?

Parfois je suis indécise, incisive, rétive, parfois je suis volontaire, je refuse de me taire, je laisse parler ma chair.

Je suis de celles, insatisfaites, qui mêlent à leurs baisers ce léger goût d’inachevé. Je suis de celles, angoissées, qui craignent le grain de sable qui viendra tout enrayer.

 

Au bout de la chambre, l’eau veille. De mon lit, je la regarde, attendrie, immuable. Je ne ferme jamais les volets. Et lorsque entre chien et loup, elle disparaît dans le ciel, je continue de fixer l’horizon tout doucement charbon.

 

Enfin ses phares apparaissent. Ses pneus glissent sur le gravier. Sa portière claque. Sa main trouve la poignée grinçante. Il ne prend pas le temps d’enlever son blouson. Il grimpe l’escalier. Dans la pénombre, je souris, et j’attends ce moment unique où je sentirai ses mots doux voleter autour de mon cou, ses mots doux qui un à un picorent mon corps.

 

Patricia

 

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